Perfectionnistes, fortement guidés par leurs valeurs, idéalistes, dotés d’une grande capacité de travail… Les zèbres semblent être des candidats parfaits au burn out.

Heureusement, un bon travail de prévention est possible…

(*) Au sens où nous l’entendons, un zèbre est un adulte à haut potentiel intellectuel, doué d’une forte sensibilité et avec des préférences comportementales de type « cerveau droit » (telles que créativité et pensée en arborescence).

Le burn-out

Le burn-out, forme d’implosion, de destruction de sa propre dynamique interne, se caractérise par la combinaison de trois éléments : (1)

1 – Un épuisement émotionnel, se traduisant par le sentiment d’être usé, émoussé, et une forte irritabilité;

2 – Une “dépersonnalisation”, où l’on constate cynisme et désengagement;

3 – Une dévalorisation de soi, avec une insatisfaction de soi-même et une mauvaise opinion de sa performance.

Cécile Bost propose une image très parlante pour le burn out : une “grenouille plongée dans une eau qui chauffe et qui va s’adapter jusqu’à l’épuisement, sans plus avoir la force de s’échapper ni même d’y penser.” (2)

Pour éclairer le système conduisant au burn out, regardons le modèle “job demand-resources” (3). Il se compose de  2 éléments :

–       Les exigences : lorsqu’elles sont trop élevées, elles se transforment en facteurs de stress. Par exemple : une pression forte, une surcharge de rôles, une forte charge émotionnelle, un environnement de travail difficile;

–       Les ressources : elles regroupent tout ce qui aide à effectuer son travail, à atteindre les objectifs : une stimulation dans sa croissance personnelle, des apprentissages, des opportunités de carrière, l’aide d’un mentor, le support de ses pairs et de l’équipe, la clarté du rôle, l’autonomie, le feedback, la reconnaissance, le rôle de la hiérarchie…

Quand il y a déséquilibre entre les exigences imposées à la personne et les ressources dont elle dispose pour y faire face, le processus d’épuisement se met en place.

Des caractéristiques qui amplifient le phénomène ?

Oui, disons-le sans détours, les zèbres présentent des caractéristiques qui les exposent plus que la moyenne de la population au burn out :

–       Le perfectionnisme : les zèbres exigent d’eux-mêmes, et parfois des autres, une forme de perfection : il faut que ce soit mieux, plus… “c’est impossible que ce soit médiocre”, nous disent souvent nos clients, “on ne peut pas laisser ça comme ça !”

Souvent la question de la limite se pose : quand est-ce suffisamment bon  

–       Vouloir tout faire : les zèbres sont capables d’entreprendre une quantité invraisemblable de projets en parallèle, jusqu’au rocambolesque. Une de nos clientes, Clara, avait entrepris de chercher un nouvel emploi tout en explorant des pistes et des idées pour créer sa propre structure, aidait ses amis entrepreneurs sur leurs business plans, avait aussi des projets artistiques ambitieux…

Faire tout à la fois est une des caractéristiques que l’on retrouve chez beaucoup de zèbres ; et leur énergie est souvent inépuisable … jusqu’à ce qu’elle soit épuisée. (4)

–       La peur de l’échec : “ça ne peut pas rater, ça ne doit pas rater”, entendons-nous souvent… la peur de l’échec est un fort facteur de stress. Il est très fréquent que les zèbres ne se donnent pas le droit à l’erreur.

–       La charge de travail: la plupart du temps, les zèbres font plus que ce qui est demandé : très productifs, ils ont tendance à assumer plus de tâches que ne l’exige leur poste. Un de nos clients, Pascal, avait par exemple l’habitude de finir son travail, puis de prendre en charge celui des autres pour être sur que la date limite serait respectée.

–       Ignorer ses propres limites : il est frappant de constater que les zèbres n’ont souvent pas conscience de leurs limites. Comme le dit Cécile Bost, les zèbres “se sent(ent) au mieux de (leur) forme quand il(s) travaille(nt) à pleine vitesse sur plusieurs projets en parallèle (…), (ils éprouvent un ) immense plaisir à se déployer, jusqu’à en oublier le risque de dépasser les limites”.

Le plaisir à faire fonctionner son esprit, la jouissance de l’intellect, font qu’il est parfois, tout simplement, difficile de s’arrêter. Le « flow » est une expérience tellement intense pour un zèbre qu’elle prend le pas sur tout le reste. (5)

Il est fréquent qu’ils ne voient pas ou ne respectent pas les signes de surcharge et continue à travailler au même rythme. Zoé, une de nos clientes, disait ne pas s’apercevoir de l’heure qui tourne quand elle travaille, à tel point qu’elle en oubliait de respecter ses besoins vitaux comme le sommeil ou l’alimentation.

Nous avons constaté que plusieurs de nos clients ne s’étaient pas rendus compte que les signes du burn out étaient sensibles. Zoé a par exemple ignoré ses vertiges jusqu’à ce qu’il lui soit impossible de se tenir debout plus de quelques minutes.

–       L’ennui : les zèbres ont besoin d’un environnement stimulant pour conserver leur motivation et fonctionner à un haut niveau – dans le cas contraire, ils peuvent se trouver en sous régime. Restreints, dans l’impossibilité d’utiliser leurs aptitudes, c’est le bore out, plutôt que le burn out, qui peut se mettre en place, un syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui, et le désintérêt pour le travail, dont les effets dont similaires au burn out.

Toutes ces caractéristiques ajoutent des exigences… mais pas de ressources ! … et conduisent donc à ce déséquilibre.

Eviter la spirale : rétablir l’équilibre entre exigences et ressources

Il est possible d’éviter cette spirale, et plusieurs pistes s’offrent à vous.

Selon votre fonctionnement, vous pouvez identifier les zones les plus adaptées à votre situation.

–       Tout d’abord, réduire la pression de la perfection. Prendre un pas de recul est nécessaire pour être capable de juger quand on est dans l’accomplissement de la tâche, ou quand on a dépassé les attentes sur cette tâche. Etre accompagné dans cette démarche par un coach peut être très aidant. On peut également s’accorder avec son manager pour déterminer quand le résultat est “suffisamment bon”. Donnez-vous des repères avant de commencer pour vous aider à décréter un travail terminé !

–       Se donner le droit d’échouer. Oui, vous échouez, car oui, vous avez besoin d’apprendre. Relisez votre histoire de l’échec. Quel droit à l’erreur vous donnez-vous ? Eclairez-vous de la phrase d’Edison, qui analysait ses tentatives d’invention de l’ampoule électrique : “I have succeeded in proving that those 700 ways will not work”.

Dans les expériences que vous qualifiez d’échecs, qu’est-ce qui a, en fait.. réussi ?

–       Puis, il faut apprendre à détecter ses signaux. Cela peut être un sentiment de fatigue, une tristesse inhabituelle, des symptômes physiques qui se répètent, une irritabilité hors du commun, ou des réflexions de l’entourage …

Il est bon de faire des petits check-up pour vérifier son état de fonctionnement. Par exemple, faites-vous une petite fiche que vous consulterez tous les deux mois, dans laquelle vous vous demanderez : quel est mon état physique ? (douleurs, sommeil, poids, appétit…) et quel est mon état mental ? (émotions, sentiments, relations…)

Selon vos constatations, soyez en vigilance.

–       Se fixer des limites de temps : être capable de s’arrêter peut être difficile, aussi préparez-vous des horaires à respecter. Cela peut être une application sur votre smartphone qui vous rappelle de prendre 3 respirations en conscience, par exemple… ou qui vous rappelle qu’il est temps de dormir, de manger….

Comme le rappelle Cécile Bost, votre cerveau est “un moteur que vous devez apprendre à dompter et à ménager”. Certes. Mais votre corps est essentiel.  Construisez des horaires adéquats pour prendre soin de votre outil.

Thierry Brunel propose de se rééquilibrer par l’action (6), avec une activité sportive ou de détente. Prévoyez de l’inclure dans votre horaire, non pas comme un obligation supplémentaire, une contrainte de plus à respecter, mais plutôt comme l’occasion de graisser les rouages de la machine.

Il parle de guépards, plutôt que de zèbres : pour lui, le guépard symbolise bien l’écart entre une rapidité hors du commun et des fragilités à prendre en compte. Le guépard n’est pas capable d’être en pleine vitesse toute la journée. Vous non plus. Il passe du temps à récupérer, pour pouvoir courir à nouveau. C’est un bon modèle.

Utiliser sa créativité : la créativité s’exprime sous de nombreuses formes. Elle peut être artistique, mais elle est aussi littéraire, architecturale, stratégique… Tout moment où vous inventez quelque chose, où vous exercez votre art, où vous faites des ponts entre les idées et les concepts, est une forme de créativité. Elle est fondamentale pour la plupart des zèbres. Prenez en compte cette dimension de votre personnalité, et donnez-vous la place de l’exercer, c’est un moment qui vous permettra de vous rééquilibrer.

Toutes ces pistes passent par une bonne connaissance de soi.

Si vous êtes zèbres, prenez soin de connaître suffisamment votre fonctionnement pour être capables de détecter vos propres signaux de danger, et d’y répondre d’une façon adaptée.

Nous conduisons actuellement une recherche sur le sujet – si vous vous reconnaissez dans cet article, n’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos expériences, vos réussites, vos difficultés…

jmp@acolis.net

laurie.anne.casabianca@gmail.com

1 – Maslach & Jackson, The measurement of experienced burnout, Journal of organizational Behavior, 1981

2 – Surdoués : s’intégrer et s’épanouir dans le monde du travail, Cécile Bost, Vuibert , 2016

3 –  Using the jobs demands-resources model to predict burnout and performance, Bakker & Demerouti, Human Resources Management, 2006

4 – Gifted and burnout in the workplace – Akkelijn Elshof – Gifted Adults Foundation, Delft – Radboud University : un étude qui fait le pont entre les analyses sur le burn out et celles sur les zèbres

5 – Flow: the Psychology of Optimal Experience, Mihály Csíkszentmihályi, Harper 2008

6 – Thierry Brunel, Arielle Adda, Adultes sensibles et doués: Trouver sa place au travail et s’épanouir, Odile Jacob 2015

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