Vous a-t-on déjà dit : “tu es trop intense” ? ou “tu devrais apprendre à gérer tes émotions” ? “tu es tellement théâtral !” ou encore “les choses sont toujours excessives avec toi” ?

« La normalité est une route pavée : on y marche aisément mais les fleurs n’y poussent pas. » (Vincent Van Gogh – Lettres à son frère Théo)

————-Si vous souhaitez témoigner sur le sujet des émotions, je serai heureuse de vous entendre ! ———————-

Trop ! 

J’accompagnais Camille depuis quelques mois, quand elle est arrivée en séance, un jour, décontenancée : “En fait je crois que je n’ai pas les mêmes émotions que les autres”.

Pour Camille, cette découverte était de taille. Elle avait eu beau lire dans tous les ouvrages sur la douance que les zèbres avaient une intensité exacerbée des émotions et de l’expression de leurs sentiments, que le déficit d’inhibition latente amenait une hyperesthésie,  une hyper perception et une hyper réceptivité émotionnelle… ce n’était pas encore devenu tangible pour elle.

L’intensité extrême des émotions des zèbres est difficile à expliquer, parce qu’une émotion ne peut pas facilement se mesurer, ni se comparer. On n’a donc pas de “référence” sur ce qu’est une émotion. En revanche, on constate des réactions, des mises en mots, qui sont bien plus intenses. Et non seulement les niveaux de réaction ne sont pas les mêmes, mais les déclencheurs non plus.

La surcharge sensorielle

Les zèbres sont aussi des éponges, qui, selon la jolie expression de Jeanne Siaud Facchin, “absorbe(nt) en continu la moindre particule émotionnelle en suspension” et vivent dans un “brouhaha émotionnel constant” (1)

Leur extrême réceptivité émotionnelle leur donne parfois une capacité intuitive forte, une vraie sensibilité et une clairvoyance hors du commun.

Si on se réfère à ce que propose Michael Piechowski, dans la suite des travaux de Dabrowski, 5 surexitabilités sont à l’oeuvre : psychomotrice, sensitive, intellectuelle, imaginative, émotionnelle. (Pour plus d’informations à ce sujet, voir les travaux de Dabrowski ou le livre de Michael Piechowski, Mellow Out (2)) Ce qui rend les zèbres “excitable, spirited, very alive” : excitables, impétueux, et très vivants. J’aime beaucoup l’idée du vivant, comme si la sensibilité permettait un être au monde beaucoup plus dynamique, vif et ardent.

Parfois aussi, cette extrême réceptivité a des effets … extrêmes.

“It’s like having a bigger net, but the net gets full and sinks the ship”, dit Paula Prober (3) – c’est comme avoir un filet de pêche beaucoup plus grand, mais qui, trop plein, coule le bateau.

Car il ne s’agit pas seulement de recevoir les informations, mais de les absorber, et d’agir en conséquence.

L’utilisation par Elaine Aron du terme «haute sensibilité» dans son livre de 1997 (The Highly Sensitive Person, (4)) fait référence à une profondeur de traitement des informations externes. Pour elle, la sensibilité peut impliquer un sentiment d’être dépassé à cause de surstimulations : certaines odeurs ou textures qui intensifient les réactions, ou, comme pour le synesthète, la présence de souffrance ou d’émotions fortes chez les autres, qui peut submerger.

On note aussi d’autres déclencheur comme des lumières très vives, le bruit, les odeurs…

De fait, les émotions que mes clients me décrivent sont souvent associées à des phénomènes telluriques violents comme des tsunamis, des éruptions volcaniques. “Le volcan n’est jamais vraiment éteint. Ça monte, ça monte, comme la lave dans le tuyau, et bam, ça explose.” me dit Cécile. “Quand je suis joyeuse, on me dit que je suis exubérante ! on me dit aussi que je suis un vrai tsunami “, me dit Bénédicte. “C’est comme une immense vague de tristesse”, me dit Gaétan, “comme si j’étais brusquement submergé, noyé. Aucun moyen de garder la tête hors de l’eau.”

Les vagues émotionnelles sont souvent nommés les montagnes russes émotionnelles, en référence au très rapide passage d’une émotion à une autre chez les zèbres. “L’autre jour, j’ai vu un enfant qui pleurait dans la rue, je me serais bien mise à pleurer moi aussi, tellement sa tristesse m’a atteint”, me dit Olivier “et puis juste après j’ai vu la couleur du ciel, presque mauve, et ça m’a donné une telle joie !”

Ces émotions peuvent faire irruption à tout moment, et elles le font parfois à des moments ….inopportuns, comme Sylvain qui me disait avoir eu les larmes aux yeux en licenciant un de ses collaborateurs.

Exprimer ses émotions, ou les intérioriser ?

Si vous vous mettez soudainement à pleurer, ou à jeter férocement vos crayons sur le mur d’en face, parce que le projet sur lequel vous avez travaillé 3 mois d’arrache pied vient de tomber à l’eau, vous allez avoir des regards du type : “ben dis donc, celui-là, il est bizarre, il n’est pas très conforme… pas très mature…”…

Le milieu professionnel est un endroit où le rationnel prévaut. On garde ses émotions pour soi. Mieux : on “gère” ses émotions (vous avez certainement tous déjà vu des formations “apprenez à mieux gérer vos émotions !”). Il m’arrive parfois d’entendre des managers me dire : “si vous pouviez l’aider à mieux contenir ses émotions… c’est assez perturbant pour l’équipe”.

Les émotions ne sont pas bienvenues en entreprise, surtout si elles sont extrêmes.

Et en privé elles dérangent parfois.

N’avez-vous jamais entendu : “oh la la ! mais qu’est ce que tu peux être intense !” ou bien “mais tu ne vas quand même pas te mettre dans des états pareils pour ça !” ou encore “ça alors c’est bien toi, un hérisson écrasé et c’est la crise !” “oh mais ce que tu es excessive !!”

L’émotion est une manifestation – extérieure, donc.

Alors si toutes ces manifestations sont malvenues, trop intenses, exagérées, démesurées, disproportionnées, outrées, déraisonnables – et donc insupportables – les zèbres mettent souvent en place des réponses classiques.

Réponse 1 : (plutôt rare) je suis comme ça.

Réponse 2, avec des variantes d’intensité : je cache la violence de ce que je ressens, je ne montre pas aux autres ce qui se passe en moi. Le tourbillon est extrême, je suis profondément joyeux, ou profondément triste, mais surtout, je ne montre rien.

Je réprime. J’oublie.

Je vous renvoie au très beau texte de Carlos Tinoco dans Les Surdoués et les autres, (5), notamment dans le chapitre “L’écart dans la sensation et l’émotion” : “fantasque, imaginative, (…) elle est aussi persuadée que sa bizarrerie la condamne à l’échec et à une infinie solitude. (…) quelque chose en elle est trop monstrueux, trop honteux pour pouvoir être montré (…) elle est obligée de donner le change, de jouer le calme, la mesure.”

Le corollaire de cette situation, c’est que souvent, les zèbres croient qu’ils sont les seuls à “ne pas savoir gérer” leurs émotions ! J’ai souvent des clients qui découvrent que le problème n’est pas là où ils l’imaginent : ce n’est pas qu’ils ne savent pas museler leurs émotions, c’est qu’elles sont très intenses.

Pourquoi est-ce une mauvaise idée de censurer ses émotions ?

L’idée classiquement répandue est qu’il vaut mieux mettre bien vite les émotions sous le tapis , pour laisser place au cerveau, suprême instrument de l’intelligence.

Or on a découvert que c’est plutôt l’inverse qui se passe. (voir Antonio Damasio, ou les travaux sur l’intelligence émotionelle de Goleman)

L’émotion est nécessaire à la pensée. C’est un vrai changement de paradigme par rapport à la croyance que les émotions font perdre la capacité de juger – et ce changement de paradigme, on le constate, n’est pour l’instant pas vraiment opéré. La croyance que l’émotion fait perdre sa capacité de jugement est toujours bien ancrée.

“Il est essentiel de comprendre que l’intelligence émotionnelle ne s’oppose pas à l’intelligence, ce n’est pas le triomphe du cœur sur le cerveau, c’est une combinaison unique des deux”, insiste David Caruso (6)

Par ailleurs, nos émotions sont des voyants lumineux, qui nous servent à rester en vie, penser, agir, et non des parasites à éliminer ! (Pour un panorama rapide et amusant, voyez cet épisode de “Et tout le monde s’en fout” : https://www.youtube.com/watch?v=_DakEvdZWLk)

Pour un zèbre, refouler une émotion, c’est un tonneau des Danaïdes perpétuel, épuisant et nocif. Sans cesse, de nouvelles émotions arrivent, sans cesse on est soumis à des stimuli qui déclenchent de nouvelles émotions : un merveilleux brouillard dans une prairie, une musique, un souvenir, une petite déception, un moment de questionnement existentiel…

Il y a un risque fort de se retrouver avec une colossale collection d’émotions accumulées : il y a une telle intensité emmagasinée et non exprimée, voire non ressentie ! Certains de mes clients ont des crises d’angoisse, d’autres de panique, d’autres encore se mettent à crier, certains à pleurer de façon incontrôlable, certains ont des habitudes nerveuses ou des compulsions, voire des addictions.

D’autres encore se sont totalement retirés se leurs émotions, et ne peuvent plus les reconnaître. Pour ceux qui se sont détachés de leurs émotions, la première étape est de les contacter. C’est un gros travail pour certains.

Comment trouver un équilibre émotionnel ?

Il n’y a bien sûr pas une seule façon qui fonctionne, mais autant de façons qu’il y a d’individus concernés.

* Régénération : vous pouvez pratiquer le nettoyage émotionnel (merci @Thierry Brunel pour cette belle idée) pour évacuer ce qui s’est passé pour vous dans la journée dans la semaine. L’idée est que les émotions créent des formes d’envahissement, de submersion. Les zèbres ont besoin de beaucoup de temps pour se régénérer.

Dès lors, pratiquez le sport qui vous convient, l’activité physique qui vous fait du bien, l’activité artistique dans laquelle vous vous plongez sans voir le temps passer, lisez, ou tout autre activité qui peut vous permettre de vous éloigner un moment de ce tourbillon émotionnel incessant.

* Nommer : certains de mes clients aiment tenir un journal émotionnel, d’autres aiment dessiner leurs émotions (quel que soit leur talent ! les “gribouillages” font très bien l’affaire)

* Trouver comment partager : est-il possible de profiter de la richesse de ses émotions sans les partager ?  Comment valoriser son émotivité s’il n’y pas d’autorisation à la partager ? Le “choix de ses interlocuteurs et les modalités de la prise de parole” semblent , en effet, essentiels. (5) Trouvez la ou les personnes avec qui vous pouvez partager cette intensité. Trouvez aussi la forme d’art qui vous permettra d’élaborer, d’exprimer, vos ressentis.

* Liberté : un des chemins de la liberté par rapport à cette submersion des émotions est d’apprendre à choisir en conscience ses réponses. A cet égard, je vous propose d’essayer de pratiquer la Communication Non Violente (Marshall Rosenberg, (7)), la méditation de Pleine Conscience (John Kabat Zinn, 8)

Pour aller plus loin sur cette thématique, une phrase de Victor Frankl : « Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace, dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse, et dans notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté ».

L’accompagnement en thérapie est également très aidant.

* Apprendre à se servir de ses super pouvoirs : une de mes clientes me disait récemment que son hypersensibilité était un super pouvoir : “c’est comme être un X-men. Il faut apprendre à s’en servir”

Comme le dit Béatrice Millêtre (9), les zèbres ont une grande capacité à percevoir, appréhender et exprimer, à comprendre les informations de nature émotionnelle, à trouver les mots justes.

Ils sont aussi plus apte à organiser et de manière plus complète les informations émotionnelles, avec des descriptions plus riches et plus précises de ce qui se passe pour eux. Votre extrême sensibilité est donc un atout ! Vous êtes capables d’une véritable écoute de vos émotions et de celles des autres.

Non seulement vos émotions améliorent vos réflexions, mais elles vous permettent de percevoir et de comprendre avec précision. C’est grâce à elles aussi que vous pouvez vous développer.

*Distinguer “être émotionnel” et “intensité émotionnelle” : selon Michael Piechowski, être émotionnel, c’est se laisser emporter dans une humeur correspondant à l’émotion ressentie, et e pas être capable d’en sortir. L’intensité émotionnelle, en revanche, est mode d’expérience du monde. Une façon d’être au monde, tout simplement, une “qualité d’expérience (2), qui vous rend intensément vivant.

* Plusieurs autres techniques sont possibles ! Jenara Nerenberg cite notamment dans son récent livre (10) :

– La thérapie basée sur l’interoception (thérapie basée sur les sensations corporelles, technique mise au point par Sarah Garfinkel et Lisa Quadt, University of Sussex). Cette technique a essentiellement pour objectif de réduire l’anxiété des personnes hyper sensibles. Un des aspects de cette techniques est de sentir son coeur battre avec précision, après un exercice physique, par exemple.

– Des astuces de mise en place d’un environnement moins stimulant : par exemple, un arrangement de lumières ou un arrangement esthétique de votre espace de vie.

Vous pouvez essayer différentes techniques, en inventer d’autres, et voir ce qui fonctionne le mieux pour vous. N’hésitez pas à m’en faire part, je suis toujours contente de savoir comment vous faites votre combinaison ! Si vous souhaitez me parler de cette problématique, (ou d’autres !) contactez-moi, j’ai toujours du temps pour vous.

lac@estellio.net

06 62 22 18 05

  1. Jeanne Siaud Facchin, Trop intelligent pour être heureux, Odile Jacob 2008
  2. Michael Piechowski, Mellow Out, they say, if I only could, Yunasa Books, 2006
  3. Paula Prober, Your Rainforest Mind
  4. Elaine Aron, The Highly Sensitive Person: How to Surivive and Thrive When the World Overwhelms You, Broadway Books, 1997
  5. Carlos Tinoco, Les Surdoués et les autres, JC Lattès, 2018
  6. http://ei.yale.edu/person/david-caruso-ph-d/
  7. Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs): Initiation à la Communication Non Violente, La Découverte, 2004
  8. John Kabat Zinn, Où tu vas, tu es, JC Lattès, 2012
  9. Béatrice Millêtre, Le vrai livre des surdoués, Payot Psy, 2017
  10. Jenara Nerenberg, Divergent Mind: Thriving in a World that Wasn’t Designed for You, 2020

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